Introduction

Les résultats d’un nombre croissant d’études scientifiques évoquent une relation étroite entre les régions du cerveau activées lors de l’exécution d’une action et celles participant à la production du langage.

Des «assemblées de neurones» (Hebb, 1949), bien que topographiquement éloignées les unes des autres, forment un réseau permettant d’illustrer les liens fonctionnels entre la motricité et le langage. Ces «assemblées de neurones» expliquent le chevauchement de systèmes neuronaux engagés dans la compréhension du langage et dans l’exécution d’actions conséquentes (Hauk et al., 2004).

La région intra - pariétale antérieure joue un rôle essentiel dans le traitement des afférences sensorielles, tel que démontré par des études réalisées auprès de sujets sains et de sujets ayant des lésions cérébrales; cette région contribue à créer des liens réciproques entre la région motrice primaire (M1) permettant l’organisation de l’activité musculaire en fonction de l’afférence linguistique. L’activation de l’aire motrice primaire (M1) observée serait la conséquence de l’identification des attributs sensori-moteurs associés à un mot d’action (Willems & Hagoort, 2007)

Une étude, menée par Morangolo et al. (2010), a démontré les effets de la gestuelle sur la récupération linguistique chez des patients aphasiques; bien que les résultats de cette étude ne puissent pas être généralisés, sa valeur réside dans l’interaction étroite démontrée entre la motricité et le langage, de même que dans la durabilité des changements apportés dans le système de production du langage.

Les liens fonctionnels entre la sémantique des mots et la planification de l’action seraient aussi capables d’influencer le comportement moteur (Castiello et al, 1991, Fargier et al, 2012). Fargier et ses collègues ont ainsi observé, lors de la production de mots d’action, une augmentation de l’accélération et de la vitesse de transport du membre supérieur chez des sujets sains.

Les liens fonctionnels entre la motricité et le langage ayant été mis en évidence, il est légitime d’entrevoir l’application de ces concepts dans le cadre de la réadaptation de personnes présentant des troubles moteurs ou des troubles de langage, à la suite de lésions cérébrales.

Par ailleurs, le concept de non linéarité du développement cérébral est connu d’un point de vue anatomique et fonctionnelle (Casey et al, 2011), la région intra - pariétale antérieure atteignant une maturité fonctionnelle avant celle de la région frontale; l’étude de l’évolution des liens fonctionnels entre la motricité et le langage chez l’enfant, à différents stades de son développement, s’avère essentielle pour en permettre l’application en vue:

 

  • d’optimiser par l’activité motrice le développement cognitif et comportemental chez des enfants sains;
  • d’offrir des solutions à des troubles d’apprentissages ou d’en minimiser les conséquences;
  • d’intervenir auprès de personnes ayant des troubles envahissants du développement.